Le lévrier espagnol, cruauté d'une tradition ou d'un trafic ?

Planète des Hommes n°2 : le lévrier espagnol, cruauté d’une tradition et d’un trafic

Bonjour à tous !

Et bienvenue sur la planète des Hommes pour ce second article. Hélas, sur cette planète, ce que fait l’Homme n’est pas toujours beau ; aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler d’un sujet plus grave que la dernière fois : la situation des lévriers espagnols.

A ce titre, je m’excuse d’avance auprès des lecteurs les plus sensibles qui pourraient se sentir choqués ou heurtés par la réalité que je vais dénoncer et les images qui l’accompagnent.

ATTENTION : certaines photos illustrant l’article peuvent relever un caractère clairement gore.

L’Espagne, un pays qui siège au conseil de l’Union Européenne, un pays qui se dit moderne et pourtant, un pays fier et attaché à ses traditions, aussi archaïques et cruelles soient-elles. La tauromachie est sans doute la plus connue d’entre elles mais la course aux lévriers et l’horreur qui se cache derrière rivalisent tout autant en violence et en cruauté. Levé de rideau sur ce véritable commerce de la mort.

 

I) Le galgos, lévrier espagnol

En vérité, le terme de lévrier espagnol est un abus de langage. La race qu’on désigne aujourd’hui sous l’appellation de galgos est issue d’un croisement entre le lévrier espagnol authentique et le greyhound anglais. Si on remonte jusqu’au Moyen-Âge, le lévrier racé d’Espagne était un chien exclusivement réservé à la Noblesse, tenu en haute estime de ses propriétaires comme un bien d’extrême valeur. Il était alors chien de chasse.

Ce n’est qu’à la période de la Renaissance que la course de chiens est devenue un spectacle très prisé au coeur de grands évènements mondains.
Les nobles avaient alors déjà commencé à importer le greyhound d’Irlande pour le croiser avec les lévriers, très endurants mais manquant de la vitesse de pointe dont le greyhound irlandais était capable. Ce qui était un avantage et un intérêt pour la chasse est devenu un véritable phénomène de mode de l’époque, si bien qu’il n’est bientôt plus resté que les représentants croisés anglo-espagnols ; le galgos, tel que nous le connaissons aujourd’hui, était né.

 

II) La pendaison : d’une réalité économique à la cruelle tradition

Tant que le lévrier restait la propriété exclusive des nobles, animal de compagnie révéré si ce n’est quasiment vénéré, tout allait bien.
Les choses ont commencé à déraper lorsque les classes plus modestes voire pauvres qui s’occupaient de ces chiens ont commencé à mettre des jeunes nés de côté pour se les approprier, développant leurs propres élevages clandestins.

Le “lévrier des pauvres” devint alors une réponse à une réalité économique et un besoin essentiel : manger. A cette époque, les paysans chassaient encore pour se nourrir. Posséder un lévrier, chien de chasse confirmé, signifiait que la famille ne souffrait pas de la faim.
Mais il était bien entendu que ces familles n’avaient pas les moyens d’entretenir l’animal. A la fin de la saison de chasse (fin janvier), lorsque l’animal ne servait plus, il était donc sacrifié par son propriétaire. Les moyens manquants toujours, la pendaison s’est répandue comme la solution la plus simple, avec l’assurance de retrouver un autre galgos pour la saison prochaine.

Par cruauté, par sadisme, ce qui était un besoin s’est perpétué comme une tradition. Aujourd’hui, qu’il s’agisse de chasse ou de course, les galgueros (propriétaires de galgos) parlent du “pacte d’honneur” qui les lient à leurs chiens, honneur qu’ils lavent en commettant les pires atrocités sur l’animal lorsque celui-ci n’a pas été à la hauteur de leurs espérances. Les meilleurs peuvent espérer vivre un peu plus longtemps, le temps de pouvoir se reproduire avant de subir le même sort. Pourquoi s’embêter à entretenir une bête une fois la saison passée, lorsqu’ils sont sûrs de pouvoir s’en procurer un autre au moment voulu ? Le chien n’est plus là animal de compagnie ni même être vivant, mais simple instrument au service de la gloire et de l’argent. Lorsqu’il n’est plus utile, il devient une nuisance dont on doit se débarrasser.

Les galgos issus de tels élevages – hélas monnaie courante en Espagne – sont de toute façon élevés dans des conditions si misérables qu’ils sont physiquement incapables d’être performants sur le long terme… La plupart n’ont jamais vu la lumière du jour avant d’être sortis et utilisés, vivent et dorment dans leurs urines et excréments et sont nourris au pain racis.

 
 

On parle de pendaison selon la “méthode du pianiste” : les pieds du chien touchent le sol pour que son agonie dure des jours. Mais la pendaison manquant de fantaisie, les galgueros ont imaginé tout un panel d’autres méthodes pour en finir avec leurs galgos : crève des yeux, amputations de membres, écorchage vif, brûlures à l’acide, ingurgitation forcée de produits toxiques, font partie des nouvelles techniques les plus répandues. Certains attachent même le chien à une voiture avant de le traîner sur de longues distances, jusqu’à l’agonie. Des morts dans des souffrances interminables…
Les plus paresseux – ou les moins consciencieux ? – se contentent d’abandonner les bêtes qui finissent par mourir de faim ou percutés par les voitures en errant le long des routes.

 

III) Alternatives

Lorsque les chiens errants ou morts ont commencé à faire tâche dans le décor, desperreras ont commencé à voir le jour, initiative encouragée par les autorités. Ces établissements, très semblables à nos fourrières françaises sur le principe, sont de véritables mouroirs pour chiens. Ainsi, les perreras ont commencé à ramasser les galgos abandonnés et errants comme on ramasse des déchets, les cloîtrant dans des conditions tout aussi ignobles que les “usines à chiots” où ils sont nés.
Ils n’y reçoivent aucuns soins et sont mal nourris, par souci d’économie. Véritables profiteurs de ce trafic, les perreras n’hésitent pas à s’économiser aussi l’euthanasie en injectant d’autres produits mortels mais autrement plus douloureux aux chiens récupérés, ce qui se produit généralement pas plus tard que 3 semaines après leur arrivée ; les perreras n’ont aucune volonté de faire adopter ces chiens et aucun moyen n’est déployé dans ce sens. Ils en viennent même à enfermer des chiens faibles ou de petite taille avec des chiens plus gros ou agressifs pour s’épargner des efforts…

 

Heureusement, des associations comme Scooby ou Lévriers sans frontières se battent aux côtés des organismes internationaux de protection des animaux pour sauver un maximum de galgos victimes de ce trafic et ses atrocités, ainsi qu’obtenir des droits pour eux, faire voter des lois de protection contre la maltraitance et la chasse à outrance et faire en sorte qu’elles soient respectées. A ce jour, aucun effort réel n’a encore été fait de la part du gouvernement espagnol – la chasse et les monstruosités qu’elle implique en Espagne génèrent profits et emplois – et ces associations appellent toujours au soutien de leur cause. Dans ce cadre, elles organisent des campagnes de sensibilisation et d’information, dans les écoles espagnoles par exemple mais également au-delà des frontières du pays, notamment en France.
Du reste, des refuges ont été mis en place pour récupérer et soigner les chiens maltraités. Certains galgueros y ont vu une alternative à l’abandon ou la torture à mort, évitant ainsi de ce salir les mains et s’octroyant même un semblant de bonne conscience. Les galgos y sont stérilisés et tout est mis en oeuvre pour les faire adopter. Ce n’est cependant pas suffisant, le manque de moyens et de place empêchant les refuges d’accueillir toutes les victimes.

Le véritable problème à la racine du mal auquel il faut s’attaquer, c’est l’élevage démesuré et incontrôlé des galgos. Un éleveur – si on peut les appeler ainsi – élève en moyenne jusqu’à 15 galgos dans l’intention de n’en garder que deux pour la reproduction et de se débarrasser des 13 autres. On assiste alors à cette boucherie et cet abandon massif des chiens à la fin des saisons de chasse et de course. Les enquêtes de la Société mondiale de protection des animaux (WSPA, World Society for the Protection of Animals) ont chiffré jusqu’à des dizaines de milliers de galgos élevés puis abandonnés ou massacrés chaque année, en Espagne.
Les autorités feraient pourtant mieux de s’y intéresser car à l’heure actuelle, ce commerce a encouragé la reprise de la chasse à outrance du petit gibier, sans la moindre considération pour les portées de nouveaux-nés ou les femelles sur le point de mettre bas. Cette chasse est considérée comme cruelle et surtout dangereuse pour l’équilibre des niches écologiques et a été interdite dans les autres pays d’Europe…pas en Espagne. Au rythme où ces actes sont perpétrés, il ne fait aucun doute qu’il en résultera tôt ou tard des troubles de l’ordre public.

La tradition est bonne lorsqu’elle véhicule une valeur, une culture. Le conservatisme, lorsqu’il défend l’archaïsme, n’est rien de plus que de la barbarie. Il me semble que le temps des barbares est révolu et que nous clamons aujourd’hui vivre à l’époque de l’Homme civilisé. Ou peut-être l’Espagne ne devrait-elle pas être si prompte à affirmer partager les valeurs de l’Europe, les mêmes valeurs que la France ?