LINCE

tout ce qu'il faut savoir si on adopte un galgo

Bonjour, je m’appelle Lince.

Je suis un galgo de 3 ans et cela va faire un an que j’ai été adopté.
Ma vie ne commence pas très bien : je suis un galgo né en Espagne, que puis-je espérer de la vie ?
Pendant presque 2 ans, je vis dans une grande meute, dans une courre… la vie n’est pas très gaie, les hommes ne sont pas tendres avec nous, souvent nous avons faim, froid. Mais il y a la chasse heureusement. Là je m’amuse bien, je cours, ce sont les seuls moments où je me sens bien, mais ils sont de courte durée, et on est vite remis à l’attache dans notre courre.

Voilà ma vie. Elle se résume à cela, et aurait pu continuer encore quelques années si il n’y avait pas eu l’accident : à la course, poussé au-delà de mes limites, mon tendon d’Achille s’est rompu. Je ne valais déjà pas grand-chose, dès lors je ne vaux plus rien. Mon galguero m’a alors porté à la perrera.

 
C’est fini, je le sais tout de suite. la mort est partout dans ce bâtiment, à peine entré je sais que je n’en sortirai plus. Je suis perdu.
J’ai vraiment cru que mon heure allait venir, mais une étoile devait sûrement veiller sur moi, parce qu’une dame est arrivée et m’a libéré, moi et 8 autres galgos.

 
On nous emmène dans un autre endroit, un refuge. Il y a beaucoup de chiens, tous ces aboiements, ça me fait peur. Les hommes s’activent autour de nous, pour nous donner à boire et à manger, mais je reste sur mes gardes. Pourquoi en serait-il autrement, l’homme n’a jamais été autre chose que source de souffrance pour moi.
 

Ils regardent ma patte, ils ont l’air inquiet. Ils me pansent, mais ne peuvent faire plus. Et voilà, eux aussi vont se débarrasser de moi à cause de ma patte, c’est sûr. Je ne vaux rien.

Un mois passe. Et des voitures arrivent.
Ils embarquent plusieurs chiens, ils ont l’air heureux.
Moi aussi je pars, où m’emmènent-ils ?

 

 

 

 

 

Je ne le sais pas encore, mais c’est ce jour là qu’a commencé ma nouvelle vie. Une famille d’accueil m’attend en France pour soigner ma patte. Dans la voiture tout le monde est calme et l’ambiance est différente de celle pour aller à la chasse. Je n’ose pas me détendre, mais quelque chose me dit que la vie n’est peut-être pas si mal après tout.

Je vis maintenant dans une maison, avec des humains, et deux autres chiens. il y a d’autres animaux : on m’a dit que ce sont des chats. C’est comme des chiens, en plus petit. On m’a opéré, recousu mon talon d’achille et posé un plâtre. Je ne peux pas bouger ma patte le temps qu’elle cicatrise.

Un mois plus tard, on m’a enlevé mon plâtre, mais je ne sais plus utiliser ma patte : il faut dire que j’ai marché sur trois pattes pendant longtemps, et les muscles ont fondu.

Il faut entamer ma rééducation, et pour cela Evelyne est là. Évelyne, c’est ma maman. Quand je suis arrivé en France. J’avais peur de tout, de tout le monde. Je n’ai jamais vécu dans une maison, partager la vie des hommes 24h/24 était très stressant pour moi, je devais sans cesse les surveiller, au cas où je ferais quelque chose de mal et que je sois puni. Mais ils ne l’ont jamais fait. Alors petit à petit je me suis détendu. Evelyne est gentille avec moi, j’ai découvert les câlins, les mots doux. Finalement les hommes ne sont pas tous mauvais, finalement ça n’est pas si mal de vivre avec eux.

 

 

 

 

 

J’ai aussi appris à jouer, et petit à petit à réutiliser ma patte. Mais l’homme de la maison ressemble à mon galguero, et je n’arrive pas à me détendre complètement en sa présence. Au fond de moi je sais qu’il n’est pas mauvais. Mais c’est plus fort que moi, je le fuis, je le surveille tout le temps et tous ses gestes me font sursauter.
À contre cœur, Evelyne sait qu’elle ne peut pas me garder. Elle m’annonce qu’une autre maman m’attend en Belgique, et qu’elle va venir me chercher.

 

 

C’est le grand jour : deux dames arrivent. Evelyne n’est pas là. Cachou et India ont l’air contentes, mais je préfère me méfier, je ne les connais pas après tout, qui me dit qu’elles sont gentilles ?
L’une d’elle me regarde et m’appelle. Qu’est-ce qu’elle me veut ? Pourquoi elle me regarde comme ça j’ai fait quelque chose de mal ? hooo je préfère rester en retrait, ne prenons pas de risques.
Après quelques appels infructueux, la jeune fille se désintéresse et joue avec India et Cachou… moi j’observe de loin… je les suis à distance raisonnable.
 

 

 

Finalement elle n'a pas l'air méchante, je tente un coup de truffe dans son dos.
Mais lorsqu’elle se retourne je recule.
Cachou et India ont de la chance d’avoir autant de calins, et Evelyne qui n’est pas là, mais moi aussi je veux des caresses ! Bon… j’y vais ou je n’y vais pas ? Allez, je me lance, je m’approche, elle tend la main, ça y est, elle m’a touché et je n’ai pas reculé. Ce n’était pas si compliqué ! Tout le monde est très heureux autour de moi !


Et voilà qu’elles m’emmènent, mais où je vais encore ?
Dans la voiture, la fille est douce et calme, elle est gentille. Elle me rappelle Evelyne. Serait-ce elle ma nouvelle maman ?

 

Arrivé dans ma nouvelle maison, sortie au jardin.

Je découvre que j’ai deux nouveaux copains. Au début j’ai peur, et il ma faudra du temps pour avoir confiance en Yanou, le plus grand des deux. 4 mois. Pendant 4 mois je ne lui faciliterai pas la vie. J’avais peur de lui, je lui arrachais des poils quand il passait à côté de moi, pour qu’il comprenne bien qu’il ne doit pas m’ennuyer ! mais après 4 mois, j’ai réalisé qu’il ne m’avait jamais fait de mal, qu’il avait toujours été très patient avec moi et qu’en dépit de tout les poils arrachés, il ne s’était jamais retourné contre moi.
Finalement je l’aime bien.
 

 

 

Avec Billy j’ai tout de suite été très copain !

 

 

 

 

 

J’ai mis deux mois pour être propre. La nuit et quand personne n’était à la maison, j’étais propre, je dormais. Mais quand il y avait de monde, je jouais tellement avec Billy, c’était si drôle ! je buvais beaucoup d’eau et j’en oubliais de me retenir. Et comme ça sans crier gare, je faisais pipi en pleine séance de jeu. J’étais tout aussi surpris que ma maman… mais après deux mois j’ai réussi à mieux me contrôler, et à demander à sortir. Je ne jappe pas devant la porte. Pour sortir, je tourne autour de la table, je regarde ma maman, et je marche… elle me comprend c’est le principal, mais il a fallu le temps.

J’ai très vite eu confiance en ma maman, mais avec les autres ce n’était pas pareil. Ma maman a su me déchiffrer : par exemple, lorsqu’on me fixe, je prend peur, et n’ose plus approcher. M’appeler en me regardant pour me mettre la laisse ne sert donc à rien, je ne m’approche pas et me tient éloigné. Elle me tournait alors le dos et s’en allait. Quoi ? Partir sans moi ? Mais où vas-tu ? Et je suivais.
 
Dans la rue, j’avais peur de tout, si on croise quelqu’un, qui me dit qu’il ne va pas me frapper, hein ? Il vaut mieux ne pas trop s’approcher ! Et je faisais des écarts, ce que me permettait ma laisse. Heureusement que maman faisait attention à ce que je ne m’éloigne pas du trottoir, une voiture est si vite arrivée !
Et au fil des mois j’ai beaucoup observé Yanou et Billy, ils n’ont pas peur eux. Et après trois mois, ma maman s’est rendue compte que les passants ne me faisaient plus peur, ni les chiens étrangers.


 
On a alors commencé à apprendre le rappel.
Tout d’abord avec une laisse à enrouleur, et les biscuits. J’ai vite compris que lorsqu’elle disait « ici », je devais revenir à ses côtés et que je recevais un biscuit.
On a alors trouvé une grande prairie clôturée, spécialement conçue pour les chiens. Là j’a pu me promener sans laisse, et on a pu voir comment je réagissais face aux autres chiens, aux aboiements, aux prises de tête, comment je réagissais si un homme tentait de me caresser. Et dans cet enclos, vous savez quoi ? il y a des lapins. On a donc pu tester le rappel en présence de ces petites boules de poils !


 
Test passé haut la main ! Je n’ai plus peur de rien. Évidemment si on tente de me caresser, je m’écarte et retourne près de ma maman ! Mais je ne m’enfuis pas à toutes jambes.
Le rappel fonctionnait, je revenais, mais, tout de même ! Je m’éloignais fort parfois, vont-ils me gronder d’avoir été si loin ? Ou d’avoir été joué avec ce labrador ? Alors je revenais mais restais à un mètre de maman. On ne sait jamais. Et maman ne savait pas me rattacher. Elle allait alors s’asseoir sans se soucier de moi et je finissais par aller lui demander une caresse. Elle me rattachait alors et nous quittions l’enclos.
Le rappel n’étant pas parfait, on a alors travaillé avec une longe. Je pouvais courir comme je voulais dans l’enclos, mais une longe attachée au harnais et trainant derrière moi.
Quand ma maman appelait je revenais. À un mètre, elle mettait alors son pied sur la longe, tirait doucement en disant « ici », et quand j’étais contre sa jambe elle me donnait un biscuit. Je n’étais pas grondé d’avoir joué, couru !
Après quelque temps j’ai compris, et je revenais au moindre rappel me coller à elle pour avoir mon biscuit.

 
 
J’ai alors pu être lâché en totale liberté, mais toujours dans un endroit sans voiture (je ne fais pas très attention quand je cours comme un fou), que je connais bien, et dont je connais le chemin pour rentrer à la maison. on ne sait jamais si quelque chose de très effrayant arrivait, je ne serais pas perdu et saurait comment rentrer. Heureusement ce n’est jamais arrivé
Par précaution, j’ai gardé la longe pendant les premières sorties en liberté, qui sait ? Le fait d’être lâché dans un lieu où je ne l’avais jamais été aurait pu susciter un stress.
Mais ça ne fut jamais le cas, je suis toujours revenu au pied facilement et on a pu ôter la longe.

       
Premiers pas en totale liberté ! Cela fait 6 mois que je suis adopté.
 
Ma maman et moi avions fait le gros du travail. Je n’avais plus de peur « irraisonnée » je tentais même de temps en temps une petite caresse auprès d’un promeneur.
À la maison, je suis plus joyeux, j’ai 3 nouveaux amis : Diego, Alicia et Luna qui sont venus agrandir la meute.
De mon regard triste il ne reste plus rien, ma joie de vivre est plus grande de jour en jour, je me montre de plus en plus câlin et confiant avec tous.
Au fil des mois j’ai boité de moins en moins, j’ai gardé pendant de longs mois l’habitude de garder ma patte à 2 cm du sol lorsque je suis à l’arrêt, mais je ne boite plus.
 
Je suis tout de même encore fort maigrelet. J’ai repris quelques kilos, mais je ne suis pas très musclé.
Mais maintenant je peux courir à chacune de mes promenades et j’ai la chance de sortir trois fois par jour quelque soit le temps ! Et le week-end, promenade au bois en prime !
Alors pendant encore 6 mois j’ai pu me muscler lors de mes courses folles avec ma grande copine Alicia.


Maintenant que je n’ai plus de peur dans la vie quotidienne, ma maman et moi faisons des rencontres lévriers. La communauté « lévriers » de Belgique n’est pas très grande, mais on s’est vite trouvés, et souvent des promenades aux 4 coins de la Belgique sont organisées. C’est chouette les petits pays ! Que de découvertes !
Ainsi nous avons pu découvrir la nature Namurois
e, la plage et les joies de sentir le sable s’affaisser sous mes coussinets lorsque je cours !

 
Nous avons fêté tous ensemble la saint-hubert et avons été bénis par un prêtre.
 
Et nous avons découvert le monde de la PVL, poursuite à vue sur Leurre, qui nous permet de goûter aux joies de la chasse, l’adrénaline pour attraper la proie factice, élaborer une technique de chasse !
Ça peut être une alternative de défoulement pour les lévriers qui ne peuvent pas être lâchés comme moi en promenade, par faute de rappel, souvent à cause d’un instinct de chasse trop prononcé.

 
Je suis aussi très gâté par ma maman, et j’ai toute une collection de colliers faits main (au profit de mes compagnons de misère qui sont encore en Espagne).
Un polaire pour l’hiver, des pompons pour agrémenter mes colliers… ma garde robe est bien remplie !


 
Voilà le bilan de ma première année… j’ai laissé tomber toutes mes peurs, j’ai retrouvé la joie de vivre, j’ai fait plein de choses nouvelles pour moi, je me suis fait plein de copains, j’ai des hobby de lévriers pour le plaisir, je cours, je joue, je dors profondément à côté de ma maman qui écrit ces dernières lignes… côté moral, j’ai fait des progrès de géant, je peux courir sans laisse, je ne m’enfuis pas, je ne chasse pas, j’obéis comme un berger allemand.
 
Physiquement aussi j’ai progressé : j’ai repris du poids, mon poil est devenu brillant et sans aucune pellicule, je me suis entièrement remusclé sans forcer, en courant librement un petit peu tous les jours depuis 6 mois, et je ne boite plus du tout… avant, même si je posais ma patte pour marcher et courir, au repos j’avais l’habitude de la garder relevée à quelques cm au-dessus du sol… mais depuis quelques mois c’est fini ! Je suis complètement remis, mes quatre pattes sont bien posées au sol et je prends autant appui sur l’une que sur les autres !
 
J’ai bien redessiné mes muscles et c’est inévitable, dans la rue, au bois, etc. Je ne reçois que des compliments ! Je suis le plus beau, le plus fin ! Même les amateurs et connaisseurs de graioïdes (groupe morphologique des lévriers) disent de moi que je suis un superbe galgo, étonnés que je sois un rescue !)

Bon d’accord, je pète et j’aboie un peu trop pour un lévrier, que voulez-vous personne n’est parfait ! Mais pour ma maman, je suis le meilleur des petits galgos dont on puisse rêver… savez-vous ce qu’elle me dit ?

 
« Tu m’as apporté bien plus que tout ce que je pouvais espérer, je suis si fière de toi… »
 
 
Cette nouvelle vie, je la dois à Puri qui m’a sorti de la perrera quand je ne croyais plus à la vie. À Galgos France, qui a permis mon opération en me remontant en France, à Evelyne qui m’a fait découvrir le bon côté des humains, la chaleur et la douceur d’un foyer, et à MARIE, qui a pris le relais, qui a été très patiente pendant de longs mois, sans m’en vouloir de mes peurs « sans raison apparente », de mes accidents propretés, qui a pris sur elle pour ne jamais, jamais m’engueuler mais m’a toujours récompensé lorsque je faisais des progrès et qui n’a pas baissé les bras lorsque le progrès semblait si loin et utopique.
Ce sont tous ces humains qui ont eu confiance en moi alors que je n’y croyais plus, qui m’ont permis de retrouver de l’assurance et la force de revivre et de regarder au loin l'avenir devant moi.
 
Merci.

Lince
 
 

 

33898 451213119339 694559339 5488201 395025 n

Lince est le premier galgo a être entré dans notre famille, adopté par Marie en février 2008, hélas parti beaucoup, beaucoup trop vite, le 25 octobre 2009, il y a 1 an maintenant, il n'avait pas encore 4 ans.

Lince est l'exemple même, que ce n'est pas parce qu'on adopte un galgo jeune, en pleine santé que nous pourrons obligatoirement le choyer pendant de très longues années.

Son départ totalement inattendu a été un réel drame pour sa maîtresse, mais son souvenir reste bien vivace ......

A LINCE

voilà un an que tu es parti, mais pas un seul jour n'est passé sans penser à toi,

 à fermer les yeux pour te revoir courir, ton bonheur et le mien, derrière mes paupières closes t'observer dormir, t'étirer de bonheur,...

diriger mon esprit dans l'extrémité de mes doigts et retenir sur mon épiderme l'empreinte laissée il y a plus d'une année par ton poil des plus doux et des plus soyeux,

puis reposer mon âme dans le creux de mon cou, là même où tu posais ta petite truffe humide, fermer les yeux et redessiner sur ma rétine ton regard qui se noyait dans le mien pour qu'alors nous ne formions plus qu'Un.

 chaque jour cultiver ton souvenir et prier pour ne pas oublier ton odeur, ton toucher, ta voix, ta patte grattant le creux de mon genoux pour me signifier ta présence, ta tête contre ma jambe en promenade, ton pas dans le mien,

chaque jour passe, le sourire est revenu, la vie a continué, tu m'as offert une petite perle de joie, mais pas un jour ne passe sans ce déchirement au fond de mon coeur quand je lève les yeux vers ton portrait.

merci de m'avoir ouvert les portes du monde des lévriers, merci de m'avoir inoculé le virus du galgo espagnol, le plus noble des fils du vent à mon coeur. tu es et vis dans chacun d'eux, je te vois dans leurs yeux, à jamais, galgo de mon coeur.

 

MARIE DECNINCK 25.10.2010